La raison des larmes de colère de Jésus à la mort de Lazare (selon B. B. Warfield)

À la première lecture, pas évident de comprendre pourquoi Jésus a pleuré devant la tombe de Lazare. Warfield, le célèbre théologien, nous en donne sa compréhension.

Le texte en question se trouve en Jean 11.32-44

Lorsque Marie fut arrivée là où était Jésus et qu’elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit : Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 33Quand Jésus vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, il frémit en son esprit et fut troublé. 34Il dit : Où l’avez-vous mis ? Seigneur, lui répondirent-ils, viens et vois.

35Jésus pleura. 36Les Juifs dirent donc : Voyez comme il l’aimait ! 37Et quelques-uns d’entre eux dirent : Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne meure pas ?

38Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au tombeau. C’était une grotte, et une pierre était placée devant. 39Jésus dit : Ôtez la pierre. Marthe, la sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà, car c’est le quatrième jour. 40Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? 41Ils ôtèrent donc la pierre. Jésus leva les yeux en haut et dit : Père, je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé. 42Pour moi, je savais que tu m’exauces toujours, mais j’ai parlé à cause de la foule de ceux qui se tiennent ici, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. 43Après avoir dit cela, il cria d’une voix forte : Lazare, sors ! 44Et le mort sortit, les pieds et les mains liées de bandelettes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit : Déliez-le, et laissez-le aller.

S’appuyant sur le commentaire de Calvin, B. B. Warfield  commente:

Jésus était furieux devant la détresse de Marie et de ses compagnons parce qu’il avait compris, avec beaucoup d’émotion, que la mort apporte douleur, qu’elle est contre nature et, selon les mots de Calvin « une violente tyrannie ». Il voit chez Marie, toujours selon Calvin, « la misère et la calamité commune de tout le genre humain » et il brûle de rage contre l’oppresseur des hommes.

Il est saisi d’une fureur irrépressible et son être entier est bouleversé et perturbé…

La mort est l’objet de sa colère et, avec la mort, celui qui en détient le pouvoir, celui qui est venu détruire. Les yeux de Jésus se remplissent de larmes, mais cela a peu d’importance. Son âme est en proie à une vive rage et il avance vers le tombeau, comme le dit Calvin « comme un champion qui se prépare au combat »…
Jean nous dévoile le coeur de Jésus alors qu’il gagne notre salut, non dans une attitude de froideur blasée, mais dans une colère brûlante contre l’ennemi.
Il ne nous a pas seulement sauvés de ce qui nous opprime, il a ressenti notre oppression et, nous l’impulsion de ces sentiments, il a accomplit notre salut.

B.B. Warfield, The emotional life of our Lord, cité par Tim Keller dans La souffrance, p 179.

Raphaël Charrier

A 17 ans Raphaël s'engage dans l'armée dont-il est renvoyé moins de deux ans après... Suite à cela, il reprend l'école et obtient son bac à 23 ans. C'est à ce moment qu'il découvre la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ. Il lui donne alors sa vie. Il poursuit ses études et obtient un diplôme d'Educateur Spécialisé. Il s'oriente ensuite vers des études de théologie car il veut se consacrer au service de l'Évangile. Diplomé de l'Institut Biblique de Genève, il est actuellement pasteur à l'Église Chrétienne Évangélique de Grenoble (ecegrenoble.fr) et également associé au sein de France Évangélisation. Raphaël est marié à Marion et ils ont deux enfants.  

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  • Hannay R.

    Comme Calvin a écrit son commentaire sur Jean en ancien mais bon français, il est facile d’aller vérifier s’il attribue les larmes de Jésus, puis son frémissement, à une « brûlante colère et à une fureur irrépressible » ; voici ses propres paroles :

    * sur les larmes de Jésus : Si Christ n’eût été ému de compassion par leur larmes, il eût gardé une même contenance sans changer ; mai quand de bon gré il se conforme à ceux qui pleurent, jusques à pleurer avec eux, il montre qu’il a compassion… quand le Fils de Dieu a vêtu notre chair, il a aussi vêtu nos affections humaines de son propre gré : en sorte qu’il n’ a été en rien différent de ses frères excepté le péché.

    * sur le frémissement de Jésus : Il témoigne par le frémissement de son esprit, par un vif et poignant sentiment de douleur et par ses larmes, qu’il est autant ému de nos maux, comme si lui-même les endurait en sa propre personne… Il ne faut pas s’étonner s’il frémit de nouveau car il avait devant les yeux la tyrannie violente de la mort, laquelle il devait vaincre. Il y en a certains qui exposent que ce frémissement venait d’un courroux ou d’une indignation, d’autant que l’incrédulité (des Juifs) le fâchait ; mais l’autre raison me semble être beaucoup plus propre, à savoir qu’il a plutôt regardé au fait qu’aux hommes.

    Nous voyons donc que contrairement à ce que prétend le commentateur américain, Calvin n’attribue pas le frémissement ou les larmes de Jésus à une « violente colère« . Calvin dit que « certains » ou « d’aucuns » disent que le frémissement venait d’un courroux ou d’une indignation, pas lui Calvin. De toute façon, un « courroux », une « indignation » resterait encore dans la gamme des sentiments du Fils de Dieu, mais certainement pas « une fureur irrépressible » : Jésus tel un champion se prépare à vaincre la mort, son sentiment dominant est la douleur, mêlé sans doute d’indignation, mais il n’est pas « furieux », il se contient.

    De manière générale, c’est le principe du téléphone arabe : il est tout à fait déplorable d’aller chercher chez des commentateurs qui ne savent pas le français, leur avis en anglais sur ce que Calvin écrivait en français, pour le retraduire en français. A la fin ça ne ressemble plus beaucoup à ce qu’a dit Calvin.