Adam a-t-il été le premier prophète, prêtre et roi de la création?

Je sais, ce n'est pas le genre de question qu'on se pose tous les jours. Pourtant, vous serez étonné de voir ce qui suit. Cette question est le point de départ d'une théologie biblique sur la question de la médiation entre Dieu et les hommes. Elle commence avec Adam, trouve en Christ toute sa grandeur puis s'étend au peuple de la Nouvelle Alliance et se poursuit dans l'éternité.

Cet article propose d'aborder les 3 offices de Christ dans une perspective plus globale.

Jean Calvin a circonscrit la fonction médiatrice de Christ entre Dieu et les hommes en trois offices.

Il dit:

Pour que la foi trouve en Jésus-Christ le solide fondement du salut sur lequel se reposer avec certitude, adoptons ce principe: l’office dont il a été chargé quand il est venu dans le monde comporte trois parties. Il lui a été donné d’être prophète, roi et sacrificateur… Il faut remarquer que le titre « Christ » récapitule les trois offices. Nous savons que, sous l’Ancien Testament, les prophètes, les sacrificateurs et les rois étaient oints de l’huile que Dieu avait consacrée à cet usage. D’où le terme de « Messie », dont le sens est Christ ou Oint, qui a été donné au Médiateur promis.

L’immense majorité des protestants a adopté cette façon de présenter l’oeuvre du Christ. Comme le résume ainsi H. Blocher:

Il montre ensemble l’oeuvre et la personne ; il associe les deux Testaments, puisque l’Ancien contribue à la notion de chacun des offices, et le Nouveau atteste que Jésus, étant le Christ, les remplit ; il suggère le rapport au Saint-Esprit, puisque l’onction, le *chrisma*, semble symboliser le Saint-Esprit avec les qualifications qu’il confère (p. ex. Ac 10.38).

En effet, les trois offices ressortent lumineusement dans le ministère de Jésus, ainsi que dans tout le Nouveau Testament. Ils nous démontrent comment seul le Christ nous offre la médiation nécessaire et parfaite à notre relation de créatures déchues avec Dieu. Je les résume ici partiellement et très brièvement:

En tant que prophète, il nous a révélé la vérité du Père, bien plus, il est le *Logos*, le Verbe incarné, parole ultime de Dieu. En connaissant le Fils, nous connaissons le Père (Es 61.1, Lc 4.17ss, Mt 13.57, Hé 1.1-3, Jn 1.1-14, Jn 14.10-11).

En tant que sacrificateur, il s’est offert lui-même comme sacrifice parfait pouvant apaiser la colère de Dieu contre notre péché. De plus, il est notre médiateur céleste qui intercède perpétuellement en notre faveur (Hé 5.1-6, Hé 7.20-22).

En tant que Roi, il est celui qui a reçu tout pouvoir, son règne s’étend à toutes choses (Mt 28.18-20, Ph 2.9, Ap 19.16). Il est roi depuis toute éternité et nous l’a révélé par la croix. Il a vaincu le péché, la mort et Satan, en annihilant leurs pouvoirs par sa victoire à la croix et sa résurrection (Col 2.15, Ro 8.31-39). Son règne est à la fois la cause et la conséquence de la croix.

Notre espérance est que son règne est aussi à venir et que nous jouirons de toutes ses bénédictions dans la nouvelle création (Jn 18.36).

Sous l’ancienne Alliance?

Une chose est certaine selon les Écritures: entre Adam et Jésus, il n’y a aucune personne qui ait exercé les trois offices. En revanche, au regard du Nouveau Testament, tout un corpus de prophéties nous laisse entrevoir cette union dans le Messie qui était à venir (Ps 110.4, Es 42.1, 50.4-10, 61.1, Za 3.8, 6.11-14, Hé 7).

Et quid du premier homme?

Dans son ouvrage [Plaidoyer pour la foi chrétienne, l’apologétique selon Cornelius Van Til](http://www.clcfrance.com/plaidoyer-pour-la-foi-chretienne_ref_FTEP010.html), Raymond Perron mentionne une affirmation intéressante de Van Til. Selon ce dernier, Adam, en tant que représentant des hommes, devait vivre et incarner les trois offices:

>L’homme, sous Dieu, devait assumer la triple fonction de prophète, prêtre et roi dans l’univers créé. Les vicissitudes du monde dépendraient des actions humaines. Comme prophète, l’homme devait interpréter le monde selon Dieu ; comme prêtre, il devait le consacrer à Dieu ; et comme roi, sa tâche consistait à régner sur ce monde pour Dieu.

H. Blocher va dans le même sens, mais avec plus de précaution:

La théologie réformée aime représenter l’homme originel comme prophète, chargé de dire le sens de la création à la gloire de Dieu, comme prêtre lui présentant le monde et lui-même en sainte offrande, et comme roi, investi de l’autorité de la domination ; le Christ accomplit la vocation de l’humanité. Pourvu que l’application n’en soit pas trop « mécanique », qu’on s’abstienne de forcer les symétries, le schéma permet d’exposer clairement l’essentiel des fonctions du Christ.

L’idée est là. Je pense aussi que le parallèle peut être souligné car il nous offre une grille de lecture intéressante concernant le développement du plan de la rédemption. Toutefois, il ne faut pas trop forcer le trait au risque de vouloir imposer des parallélismes catégoriques.

Ainsi, je pense que l’on pourrait dire qu’Adam exerçait l’ombre des offices à venir. En tant que représentant fédéral et médiateur de l’humanité devant Dieu, il était l’ombre de du Christ à venir.

Quels en sont les apports pour notre foi?

Le lien typologique des deux Adam est renforcé

Si Adam devait remplir ces trois offices, alors cela souligne que, même avant la chute, en ayant été créé parfaitement, en ayant une vraie connaissance (office prophétique), une vraie justice (office sacerdotal) et une vraie sainteté (office royal), il ne pouvait remplir les exigences de la médiation entre l’homme et Dieu. Christ, lui, le fait.

En Romains 5.12-21, Paul démontre qu’étant en Adam, nous recevons tout ce qui est d’Adam et qu’en étant en Jésus, le nouvel Adam, nous recevons tout ce qui est de Jésus. Adam nous impute sa créature déchue, Christ une nouvelle créature.

Comme la chute d’Adam nous a conduits à la mort et la séparation éternelle, la grâce qui nous est accordée par Jésus nous assure une vie nouvelle et éternelle.

Nous sommes devenus en lui prophètes, prêtres et rois (!)

Vous, par contre, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté, afin d’annoncer les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.(1P 2.9)

Christ est notre nouveau premier Adam. En lui, nous sommes un nouveau peuple. Par lui, nous sommes représentés devant le Père.

Ainsi, dans la Nouvelle Alliance, Dieu nous revêt des offices de Christ afin que nous puissions le refléter dans notre monde: nous annonçons son message, nous présentons son sacrifice et sommes les ambassadeurs du royaume.

Enfin, cela nous rappelle que, dans l’éternité, nous vivrons pleinement toutes les bénédictions découlant de la médiation de Christ.

Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la ville. Ses serviteurs le serviront et verront sa face, et son nom sera sur leurs fronts. La nuit ne sera plus, et ils n’auront besoin ni de la lumière d’une lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les éclairera. Et ils régneront aux siècles des siècles. (Ap 22.3-5)

 

Raphaël Charrier

Raphaël est marié à Marion et ils ont deux enfants. A 17 ans Raphaël s'engage dans l'armée dont-il est renvoyé moins de deux ans après. Suite à cela, il reprend l'école et obtient son bac à 23 ans. C'est à ce moment qu'il découvre la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ et lui donne sa vie. Il poursuit les études et obtient un diplôme d'Educateur Spécialisé. Il s'oriente ensuite vers des études de théologie car il veut se consacrer au service de l'Évangile. Diplomé de l'Institut Biblique de Genève, il est actuellement pasteur à l'Église Chrétienne Évangélique de Grenoble (ecegrenoble.fr) et également associé au sein de France Évangélisation.  

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  • Richard H.

    Parle-t-on ici d’Adam avant la chute, ou d’Adam après la chute ?

    En français prêtre et sacrificateur ne sont pas tout-à-fait synonymes. Consacrer et bénir sont des prérogatives du prêtre, et dans ce sens on peut effectivement admettre que le premier homme ait été un prêtre. Mais la fonction de sacrificateur n’existe pas sans la nécessité d’un sacrifice. Si on répond qu’Adam était appelé à offrir des sacrifices non-sanglants, il faudra alors préciser quels étaient ces sacrifices, et d’où l’on tire cette assertion.

    Pourquoi Adam avant la chute aurait-il appelé à offrir des sacrifices ? Après la chute, ce n’est certes pas lui qui pouvait offrir le premier sacrifice pour son propre péché, mais Dieu ! de toute façon après la chute, Adam devenu pécheur, comme chacun de nous, ne peut plus cumuler les trois offices.

    La question cruciale n’est pas encore là. Dire que le premier homme Adam a été prophète, roi et prêtre, suppose au moins qu’il a existé ! Or ce n’est pas ce que la science enseigne aujourd’hui, ni ce que la totalité des évangéliques croient à ce sujet. Les mêmes qui disent : « Lisez Van Til, c’est sublime ! » sont prêts à considérer que l’Adam historique n’a jamais existé, ce qui du coup rend absurde l’exposition de Van Til.

    Le chrétien ordinaire n’a pas justifier sa croyance en un Adam historique, autrement que par l’Écriture, et par la parole de Jésus, qui a corroboré l’existence d’un premier homme. Par contre, le chrétien qui s’affiche comme scientifique aux yeux du monde, pour asseoir son autorité, doit justifier sa croyance en un unique couple humain originel, par des arguments scientifiques. Quels sont ces arguments ? on les attend… Si on ne peut en donner, il faut cesser de se présenter en tant que scientifique, sous peine de perdre tout crédibilité, et en science, et en théologie.