Voici comment aider vos amis à aller en Enfer

Il ne fait aucun doute que la doctrine de l’enfer est l’une des plus douloureuses et des plus difficiles à aborder, y compris au sein de nos Églises. Si le sujet est difficile, il n'en est pas moins extrêmement important. S'il est important, c'est parce qu'il est aussi réel que le lieu où vous lisez ces lignes.

Chaque chrétien se doit d’être au clair sur cet enseignement et prêt à exposer ce que la Bible en dit. Car Jésus n’est pas venu nous sauver de nos cors au pied, mais de l’enfer que nous méritons tous.
Nous ne pouvons donc pas séparer la doctrine de la croix de celle de l’enfer.

Il faut reconnaître que de nombreux préjugés minent le terrain

Plusieurs reproches peuvent être adressés à l’Église. L’histoire se souvient de nombreux prédicateurs ont manipulé les fidèles en prêchant cette doctrine d’une manière dénuée d’amour, et uniquement dans une perspective moraliste.

D’autre part, l’imagerie populaire pollue le sujet: qui ne s’est jamais imaginé Satan armé de sa fourche faisant rôtir les impies ?
Chaque année, les mondes littéraires et cinématographiques renvoient une théologie de l’enfer bien éloignée de la réalité biblique.

En admettant que Dieu existe, comment, dans une société qui prône la tolérance, pourrait-on accepter qu’un Dieu -soi-disant d’amour- puisse condamner des personnes à un châtiment éternel?

Il est donc important que cette doctrine soit proclamée fidèlement par l’Église afin que la vérité soit annoncée.

Très récemment, une personne m’a confié que jamais cette doctrine n’avait été abordée dans son église locale au cours des sept dernières années!

Je vous propose de faire le survol suivant:

  • Une description concise de l’Enfer
  • La conciliation de la réalité de l’Enfer et du Dieu d’amour
  • 6 implications pratiques de l’Enfer dans notre vie sur Terre

En conclusion de cet article, vous découvrirez comment aider vos amis à y aller.

Description biblique de la doctrine de l’enfer

Le mot enfer ne se trouve pas dans la Bible. Il vient du latin infernum, “région inférieure“ mais est progressivement devenu synonyme des mots qui sont utilisés dans la celle-ci pour le décrire (Géhenne, étang de feu, etc.).

Le langage biblique de l’enfer est toujours très imagé, et cela est logique: il s’agit en effet d’une réalité que nous ne connaissons pas encore.

Un ver qui ronge sans fin, un feu qui brûle sans fin. Lieu de ténèbres où il n’y a que pleurs et grincement de dents, lieu où l’on boit la colère de Dieu déversée sans dilution et où l’on mène une “existence“ marquée par la honte éternelle, etc. (Es 66. 22-24 ; Da 12. 2 ; Mt 10. 28 ; Mt 22. 1-14 ; 13. 42 ; 13.50 ; 24. 51 ; 35. 30 ; Mat 25. 41 ; 2Th 1.9 ; Hé 9. 27 ; Ap 14. 9-11 ; 20. 10-15… liste non exhaustive)

En utilisant un tel langage, l’objectif de la Parole est très clair: nous faire comprendre que l’enfer est un lieu effroyable. En de termes plus techniques: nous fiche la trouille de la colère de Dieu.

L’enfer est un lieu réservé pour Satan, ses anges et tous ceux qui n’auront pas obéi à l’Évangile seront jetés après avoir été ressuscités et jugés par Jésus-Christ. Pour l’éternité ils seront privés de la présence de Dieu et connaitrons un tourment conscient dans tout leur être : émotionnel, physique et spirituel…

Dante résume bien cette réalité dans la première partie sa Divine Comédie intitulée “Enfer“ : Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance.

Comment concilier l’amour de Dieu avec une telle doctrine?

1/ L’amour ne s’oppose pas à la colère

Tous ceux qui sont mariés et qui ont des enfants en attestent.

Nous qui sommes moralement imparfaits, nous pouvons être profondément en colère face au mal ou face à une terrible injustice. À combien plus forte raison celui dont la morale est infiniment parfaite et éternellement étrangère au mal doit être en colère!

Dieu n’est pas un pervers cosmique, sa colère n’est pas le fruit d’un caprice ou d’une cruauté. Elle juste, elle est nécessaire à sa sainteté. Si Dieu n’est pas en colère contre le mal, il n’est pas Dieu.

Sa colère est la manifestation de sa détermination à détruire le mal. Il ne prend aucun plaisir sadique dans la mort du méchant, mais ne tolère aucun péché devant sa face:

Dis-leur: je suis vivant! dit le Seigneur, l’Éternel, ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. Revenez, revenez de votre mauvaise voie; et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël? (Ez. 3311).

2/ Rappelons-nous que la compréhension humaine de la justice est limitée

En raison de notre humanité même, nous sommes limités (nous ne sommes pas omniscients). À cela s’ajoute le fait que notre conscience est trompée par le péché en nous.
Nous ne pouvons donc pas avoir une conception parfaite de la justice et nous devons faire confiance à Dieu en recevant sa révélation.

3/ Posons-nous la question : qui a le droit de déterminer quelle est la juste rétribution d’une offense?

Le coupable ou à la victime?
Si vous trompez votre conjoint, est-ce à vous de décréter qu’un bouquet de fleurs peut vous accorder le pardon? Non, le choix du pardon ne peut venir que de la victime. La balle est dans son camp. C’est nécessairement à la partie offensée que revient la possibilité d’accorder le pardon (ou non) et den fixer les modalités.

À Dieu revient donc le seul droit d’établir les conditions du pardon, car dans l’histoire, nous sommes les coupables.

4/ Rappelons-nous à qui l’offense est faite

Vous ne risquez pas la même chose si vous insultez votre voisin de palier ou le Président de la République.

En effet, le Président est la plus haute autorité dans le pays. L’insulter est grave parce que cela représente un affront à son autorité, une attaque à la dignité de sa fonction d’incarnation de l’État, et une défiance au respect qui lui est dû et à ce qu’il représente.

Le péché est avant tout une violation de la Loi de Dieu. C’est une offense infinie parce qu’elle est faite à quelqu’un dont l’autorité, la dignité, la sainteté, l’honneur, la puissance et les perfections morales sont infinis.
Le péché commis contre lui est donc un mal infini.

C’est ce que le roi David comprit lorsqu’il se repentit du meurtre d’Uri et de sa relation adultère avec sa femme:

J’ai péché contre toi seul, et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux, en sorte que tu seras juste dans ta sentence, sans reproche dans ton jugement. (Ps 51. 6)

Je crois que nous avons beaucoup de mal à mesurer à quel point le péché est grave, laid, sombre et détestable pour le Dieu Saint. Devant les hommes, nos péchés ne sont peut-être pas si graves, mais devant Dieu ils sont incommensurables.

Dieu révèle la gravité de cette rébellion envers son autorité absolue en nous révélant la gravité de la peine que nous méritons et encourons tous sans son intervention : l’enfer.

Et c’est précisément cela qui rend l’œuvre de la croix si glorieuse !

C’est celui envers qui nous avons une dette infinie qui vient la payer à notre place sur la croix.

Christ a été envoyé pour être abandonné pour nous à la croix afin d’y subir le châtiment qui nous était réservé. Il l’a fait volontairement pour nous sauver pour que le Père déverse sur lui sa colère pour nous sauver.

Méprisé et abandonné des hommes, Homme de douleur et habitué à la souffrance, Semblable à celui dont on détourne le visage, Nous l’avons dédaigné, nous n’avons fait de lui aucun cas. Cependant, ce sont nos souffrances qu’il a portées, C’est de nos douleurs qu’il s’est chargé; Et nous l’avons considéré comme puni, Frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie; Et l’Éternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. Il a été maltraité et opprimé, Et il n’a point ouvert la bouche, Semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, A une brebis muette devant ceux qui la tondent; Il n’a point ouvert la bouche. Il a été enlevé par l’angoisse et le châtiment; Et parmi ceux de sa génération, qui a cru Qu’il était retranché de la terre des vivants Et frappé pour les péchés de mon peuple? On a mis son sépulcre parmi les méchants, Son tombeau avec le riche, Quoiqu’il n’eût point commis de violence Et qu’il n’y eût point de fraude dans sa bouche. Il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance… Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, Il verra une postérité et prolongera ses jours; Et l’œuvre de l’Éternel prospérera entre ses mains.

Dieu n’est pas que le juge du mal, il est aussi celui qui a offert de prendre à notre place la peine à laquelle il nous condamne.

Il est le seul qui puisse nous sauver de sa propre colère. Et il le fait par grâce et par amour. Il le fait pour sa propre gloire, parce qu’il est Dieu.

L’enfer est donc la mesure qui nous permet de comprendre ce que Jésus a souffert sur la croix pour nous. D’une certaine manière, nous pouvons dire que Jésus a subi notre enfer.

Seule la mort de Christ pour nous nous procure l’assurance que notre dette est payée.
Ainsi aux yeux de Dieu, le pécheur fait face à sa justice à deux endroits: au pied de la croix ou en Enfer.
C’est le message de Jésus Christ.

6 applications pratiques de cette doctrine dans notre vie

1. La doctrine de l’Enfer nous rappelle la gravité de notre péché

Notre conscience ne suffit pas à en mesurer la gravité parce qu’elle en est elle-même aveuglée.
Notre conscience du péché est grandissante par notre connaissance de la doctrine de l’Enfer. C’est donc aussi cela qui va nous encourager à vivre une vie en conformité avec notre espérance.

2. La doctrine de l’Enfer nous rappelle que l’œuvre de la croix est le cœur de notre adoration

Sans la révélation du jugement dernier, nous ne connaitrions pas Christ comme nous le connaissons aujourd’hui: notre rédempteur, celui qui s’est offert en sacrifice pour nous sauver.
C’est pour cela qu’il est digne de toute notre adoration et que nous célébrons la gloire de sa grâce (Eph. 16).

3. La doctrine de l’Enfer répond à notre besoin de justice dans un monde qui ne l’est profondément pas

S’il nous arrive parfois que notre foi soit ébranlée par toute la souffrance autour de nous, rappelons-nous :

Le fait qu’il y aura un jugement dernier nous assure qu’au bout du compte, l’univers que Dieu a créé est juste, car Dieu est maitre de tout, il tient des comptes précis et rend un juste jugement. Finalement, tout rentrera dans l’ordre. (W. Grudem)

4. La doctrine de l’Enfer nous encourage à pardonner librement et pleinement

Car dans la perspective de la fin des temps, rappelons-nous que tout péché sera payé.
Tous les comptes seront réglés. Soit par le sacrifice de Christ ou soit par le châtiment de l’enfer.

5. La doctrine de l’Enfer nous encourage à réclamer le retour de Jésus

La conclusion de la Confession de Foi Réformée Baptiste de 1689 l’exprime ainsi  :

Christ désire que nous soyons pleinement persuadés qu’il y aura un jour pour le jugement, à la fois pour décourager du péché tous les hommes (2 Co. 510-11), et pour grandement consoler les saints dans leurs épreuves (2 Thess. 15-7). Il veut cependant que ce jour reste inconnu des hommes, afin qu’ils rejettent toute sécurité charnelle et veillent sans cesse, puisqu’ils ignorent à quelle heure le Seigneur viendra (Mc 13. 53-57 ; Lc 12. 35-40), et pour qu’ils soient toujours prêts à dire : « Viens Seigneur Jésus, viens vite » (Apoc. 2220). Amen. (XXXII. 3)

6. La doctrine de l’Enfer nous pousse à annoncer l’Évangile

Jésus était un prédicateur de l’urgence. Dans toutes les Écritures, personne n’a autant parlé de la Géhenne autant que lui. Il est urgent de se repentir!
Il se lamentait sur Jérusalem qui ne voulait pas se repentir et conjurait les villes de Chorazin et Bethsaïda de se repentir de leur incrédulité.

Si nous voulons imiter le Maitre dans notre évangélisation, nous devons parler de l’Enfer autant que lui et comme lui: avec amour et vérité, compassion et chagrin.

À Paul de conclure

J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères. (Ro 9. 3)

Ses paroles évoquant le sort de ses compatriotes qui rejettent leur Sauveur par incrédulité me montrent tout le chemin qu’il me reste à parcourir pour avoir plus de compassion vis-à-vis de ceux qui m’entourent, et de leur parler de l’enfer avec le plus grand des chagrins.

Quel est donc le meilleur moyen d’envoyer (vraiment) quelqu’un en enfer?
La réponse est très simple : ne lui en parlez pas. Ne faites surtout rien.

 

 

[MAJ] : j’ai écrit initialement cet article pour LeBoncombat.fr. J’ai reformulé certains passages et supprimé des redondances dans cette version.

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Raphaël Charrier

A 17 ans Raphaël s'engage dans l'armée dont-il est renvoyé moins de deux ans après. Il reprend alors l'école et obtient le bac à 23 ans. C'est à ce moment qu'il découvre la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ et place sa foi en lui pour être sauvé. Il poursuit ses études et obtient un diplôme d'Educateur Spécialisé. Il s'oriente ensuite vers des études de théologie pour se consacrer au service de l'Évangile. Diplomé de l'Institut Biblique de Genève, il est actuellement pasteur à l'Église Chrétienne Évangélique de Grenoble. Raphaël est marié à Marion et ils ont deux enfants.  

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