Pourquoi vivre sans confesser ses péchés est-il dangereux?

La lutte contre le péché ne peut être victorieuse si on est isolé. Ne pas se rendre redevable envers quelqu’un dans son combat pour la sainteté est aussi absurde que de ne pas demander la prière quand on vit une épreuve.

La redevabilité est voulue par Dieu pour notre bien. Elle consiste à confesser librement ses tentations, ses péchés et comment on vit sa vie pour la gloire de Dieu.
Combien de chrétiens vivent écrasés par leur péché parce qu’ils ne profitent pas du moyen de grâce qu’est la confession?
Pourtant, quand nous pensons à la redevabilité, nous pensons au confessionnal catholique, à l’obligation de mettre à nu sa vie devant les autres… Bref, si la redevabilité est bien un moyen de grâce, elle n’a pas la cote dans notre culture.

De plus en plus de mal avec le temps qui passe

Je remarque que chez les jeunes chrétiens, lorsque l’on explique ce qu’est la redevabilité, il n’y a pas trop de résistance. Au contraire! Ils savent d’où ils viennent et à quel point ils ont besoin de  l’aide des autres pour progresser selon la volonté de Dieu. Il leur semble donc normal de partager leurs fardeaux et de rendre des comptes sur la façon dont ils vivent Dieu.

En revanche, je remarque que, selon les cultures d’Églises, ceux avec qui ça coince plus, ce sont les chrétiens matures.
Est-ce à cause de la pudeur de l’ancienne génération? Non, c’est un principe biblique observé depuis toujours.
Leur a-t-on appris qu’en grandissant dans leur foi, ils seraient des chrétiens qui ne pécheraient (quasiment) plus? Du coup, alors qu’ils vivent des luttes comme tout le monde avec certains péchés, ils ont peur de décevoir ou d’être jugés(?).
Ou, ont-ils pris l’habitude d’afficher une image publique d’eux-mêmes qui est à des kilomètres de ce qu’ils vivent en réalité ?

Quoi qu’il en soit, ils donnent un mauvais exemple de lutte contre le péché aux jeunes chrétiens. Ils laissent sous-entendre, malgré eux, qu’ils sont bien moins sujets à la tentation et bien plus spirituels que les plus jeunes. Grave erreur…

La redevabilité nous sauve de l’aveuglement spirituel

Prenez donc garde, frères, que personne parmi vous n’ait un cœur méchant et incrédule, au point de se détourner du Dieu vivant. Mais exhortez-vous chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire : Aujourd’hui ! afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché.(Hé 3.12–13)

L’auteur de cette lettre affirme que mon péché peut me conduire à m’endurcir. Que veut-il souligner par là?

Cette vérité: L’endurcissement spirituel est la capacité qu’a mon péché de me rendre aveugle à mon péché.
Par une rhétorique mentale bien huilée, je peux tout à fait justifier mon attitude pécheresse. Douter de cela, c’est déjà trop s’appuyer sur son intelligence. C’est de l’orgueil, c’est mon péché qui m’aveugle!
L’Esprit Saint ne suffit-il pas? Si, mais l’Esprit nous convainc en utilisant des outils pour cela: le miroir de la Parole de Dieu, la prière, l’Église et les relations fraternelles, etc.

La redevabilité nous fait vivre l’Église comme une communauté rédemptrice

La solution ? Nous devons nous exhorter mutuellement à lutter contre le péché nous dit l’auteur inspiré. Implicitement, la redevabilité a son rôle à jouer pour que l’Église soit une communauté de relations rédemptrices.

Comme l’affirme Paul Tripp :

Le ministère perspicace des autres vient interrompre le cours de notre monologue intérieur et nous empêche d’être aveuglé spirituellement au point d’endurcir notre cœur…l’examen de soi constitue un exercice collectif… Personne n’est en mesure de nous arnaquer autant que nous le faisons nous-même.

La redevabilité concourt à nous permettre de vivre des relations imprégnées et centrées sur l’Évangile. On peut être impliqué à fond dans la vie de l’Église locale, sans pour autant vivre les relations qui la caractérisent selon le Nouveau Testament. Nous devons vivre des relations qui, par la puissance de la grâce, servent à notre restauration et nous transforment mutuellement à la gloire de Dieu.

La redevabilité est indispensable à tout chrétien, mais a un coût!

Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. La prière agissante du juste a une grande efficacité.(Jc 5.16)

Heath Lambert dit ceci :

S’engager dans une relation de redevabilité digne de ce nom, c’est difficile. Cela exige un esprit d’initiative, de la franchise, de la pureté dans les conversations, de la maturité. Sans compter qu’il faut assumer la responsabilité de son péché. Il faut plus que de l’audace pour le vouloir : il faut la grâce.

C’est pour cela que Jacques allie la confession à la prière. C’est pour la prière que nous partageons nos tentations, nos fautes. C’est pour lutter ensemble pour la sainteté et se rappeler mutuellement la grâce de Dieu qui nous sauve et nous transforme.

Confesser ses péchés c’est juste, confesser ses tentations, c’est mieux!

Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur. Prends garde à toi-même, de peur que toi aussi, tu ne sois tenté. Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ.(Ga 6.1–2)

C’est lorsque nous sommes tentés que nous avons besoin de partager et de solliciter la prière. C’est à ce moment que nous avons besoin de conseils et d’être redressés avec douceur par un frère (ou une sœur si on est une femme).

La redevabilité agit comme devrait le faire la bonne prévention : elle prévient et évite l’accident. Souvent, on croit que la redevabilité ne doit se vivre qu’après la chute dans le péché. Certes, cela est utile pour que l’autre nous rappelle l’Évangile et intercède pour notre restauration. Mais c’est agir en pompier. La redevabilité a tout son sens en amont du péché, lors de la tentation. C’est alors que je suis tenté que je dois appeler mon ami et prier avec lui.

Concrètement, comment vivre la redevabilité?

Les principes de la redevabilité

  • Confidentialité: ce qui se partage à un autre doit rester strictement confidentiel
  • Entre personnes de même sexe (rien à ajouter^^)
  • Dans la confiance: si on me confie quelque chose, c’est parce qu’on peut avoir confiance en moi
  • Se faire sur la base de l’intégrité: si c’est pour mentir cela n’apporte rien
  • Sur la base du volontariat uniquement: on choisit soi-même les sujets sur lesquels on veut rendre des comptes
  • Se faire régulièrement et sur le long terme: c’est une discipline spirituelle
  • Se fait conjointement avec la prière
  • Être rédemptrice: on se rappelle mutuellement combien Christ aime purifier des pécheurs comme nous et on s’encourage à persévérer sur la voie sainte

Pourquoi ne pas avoir un groupe de croissance?

  • On se rencontre une fois par semaine
  • On partage un programme de lecture de la Bible
  • On se pose des questions de redevabilité (pré-établies à l’avance) par exemple
  • On prie ensemble pour notre témoignage auprès de nos amis non-chrétiens

Avez-vous un mentor?

Mon mentor, c’est un frère ainé qui a beaucoup d’expérience, mais pas seulement. Il a surtout un caractère qui démontre un attachement à Christ et un enracinement dans l’Évangile. J’ai une confiance totale en lui parce qu’il a démontré qu’il sait vivre la grâce et la vérité.

Il peut donc me poser toutes les questions qu’il veut. Toutes. Je veux qu’il me pose les questions qui dérangent et je sais que je peux tout lui dire. Son rôle est de me rappeler la grâce, qui je suis en Christ, et de vivre par l’Évangile.

Rendre des comptes sur son ministère à ses pairs

Le Seigneur nous équipe tous pour que nous nous mettions au service des autres. En tant que bons intendants de ce qu’il me confie, il est sage que je rende des comptes à d’autres de mes engagements et de la façon dont je gère mon ministère.

Soyez redevables!

 

 

Raphaël Charrier

A 17 ans Raphaël s'engage dans l'armée dont-il est renvoyé moins de deux ans après... Suite à cela, il reprend l'école et obtient son bac à 23 ans. C'est à ce moment qu'il découvre la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ. Il lui donne alors sa vie. Il poursuit ses études et obtient un diplôme d'Educateur Spécialisé. Il s'oriente ensuite vers des études de théologie car il veut se consacrer au service de l'Évangile. Diplomé de l'Institut Biblique de Genève, il est actuellement pasteur à l'Église Chrétienne Évangélique de Grenoble (ecegrenoble.fr) et également associé au sein de France Évangélisation. Raphaël est marié à Marion et ils ont deux enfants.  

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  • Richard H.

    Raphaël, je vous suis redevable pour cet article et je vous en remercie. Entre autres questions qu’il suscite : la confession des péchés doit-elle être unilatérale ou mutuelle ? Si Luc avoue ses péchés secrets à Marc, Marc avoue-t-il les siens à Luc ?

    Dans l’affirmative Marc et Luc se situent dans une relation horizontale, faite d’amitié forte et fraternelle. Dans la négative, la relation est verticale, Luc est alpha, Marc bêta, Marc est le mentor de Luc, Luc est le télémaque de Marc.

    D’après ce que lis il me semble que vous envisagiez plutôt le second cas, puisqu’effectivement vous usez du terme mentor, ainsi que de l’expression « rendre des comptes à ses pairs », qui suppose évidemment l’existence d’im-pairs, c-à-d de simples frères, par opposition au frères chargés d’un ministère. Ce principe de confession-coaching soulève alors d’autres questions : qui va mentorer les mentors ? des super-mentors… mais cette imbrication ne pourra pourtant pas être indéfinie ! Ensuite si, comme vous l’avez remarqué, les jeunes disciples confessent facilement leurs péchés (pétris de tentations charnelles), les chrétiens matures beaucoup moins, la confession des mentors ne sera-t-elle pas horriblement difficile, puisque portant presque toujours sur des péchés de l’esprit plutôt que de la chair ? désir d’être vu, de passer pour savant, de pontifier…

    Je profite de ce petit commentaire pour vous signaler plus bas quelques corrections orthographiques.

    Bien cordialement.

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    des chrétiens qui ne pêcheraient (quasiment) plus –> pécheraient (mais si Pierre est de fait retourné à la pêche une fois !)
    ou d’être jugé –> jugés
    eux-même –> eux-mêmes
    kilometres — kilomètres
    La redevabilité concours –> La redevabilité concourt
    imprégnées…sur –> imprégnées de
    nous transforme –> nous transforment
    d’être redressé –> d’être redressés
    à tout son sens –> a tout son sens
    qui déranges –> qui dérange

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