Que veut dire renoncer à soi-même et porter sa croix?

Qu’est-ce qu’implique dans la bouche de Jésus l’appel à renoncer à nous-mêmes et à porter notre croix (Mt 16.24)? Est-ce imiter le Seigneur dans son amour du prochain, son esprit de service et son éthique? Est-ce vraiment cela le sens?

Toutes les choses que je viens d’énumérer sont justes, mais ne reflètent pas la totalité de ce que voulait enseigner Jésus. 

L’apôtre Paul l’avait bien saisi. L’un des textes où cela paraît le mieux est Philippiens 2.5-8. Imiter Jésus Christ n’est pas simplement imiter sa vie, mais également sa mort. 

À raison, Calvin démontre quel est le processus par lequel Dieu transforme le chrétien à l’image de Christ. 

Puisqu’il nous a liés à lui et nous a greffé sur son corps, nous devons nous garder soigneusement de nous polluer de nouveau [mourir à soi]… pour aspirer de tout notre cœur, à la vie céleste [vivre pour lui] (Colossiens 3.1-2)1

En d’autres termes, nous sommes unis à Christ dans sa mort et sa résurrection pour notre justification ainsi que pour notre sanctification. Ce sont les deux composantes de la réalité d’être en Christ. 

Dieu œuvre ainsi à notre sanctification. « Par la croix qu’il nous oblige à porter, il prend soin de notre salut. »2 Dieu nous fait vivre ce que Jésus a vécu. 

Il [Jésus] n’a pas été traité pendant sa vie sur terre avec douceur et délicatesse; on peut même dire qu’il a été non seulement en continuelle détresse, mais que sa vie n’a été qu’une espèce de croix permanente… Comment donc nous exempterions-nous de la condition à laquelle notre chef s’est soumis, étant donné qu’il s’y est soumis pour nous, afin de nous donner l’exemple de sa patience? […] Nous en tirons de cela une grande consolation… Nous communions avec la croix de Christ.3

Quelles implications?

En apprenant à mourir à nous-mêmes, nous laissons Jésus vivre en nous. 

Nous sommes sauvés par ses meurtrissures, pas les nôtres, mais c’est en renonçant à nous-mêmes que nous grandissons dans notre communion avec lui. C’est en portant sa croix que nous allons apprendre à dépendre entièrement de la grâce de Dieu pour lui, à espérer son retour et à vivre dans l’humilité, la patience et l’obéissance. 

En apprenant à mourir à nous-mêmes, nous aimons notre prochain comme Jésus l’aime.

« Quelles sont les difficultés auxquelles se heurte notre devoir en ce qui concerne le bien de notre prochain? Nous ne ferons rien sans renoncer à nous-mêmes et abandonner nos sentiments charnels. »4

En effet, on ne peut aimer notre prochain sans avoir à mourir à nous-mêmes, d’autant plus quand il s’agit d’aimer nos ennemis. « Tel est le chemin par lequel il est possible de parvenir à réaliser ce qui est non seulement difficile pour la nature humaine, mais entièrement opposé. »5

Ce thème est capital pour notre sanctification. L’amour de notre prochain doit être le moteur de nos actions, de notre évangélisation et de notre service dans l’Église. 

Toute démarche entreprise sans amour n’est qu’une falsification de la venue de Jésus. Dans notre service, nous pouvons être tentés d’opter pour une approche managériale des personnes à problème dans le but inavouable de se donner une bonne conscience. 

En revanche, si nous voulons vraiment aimer ces personnes, nous devrons mourir à nous-mêmes. Nous devons sacrifier de notre temps et de notre attention afin de communier avec leurs souffrances. C’est seulement ainsi que nous entrerons vraiment en relation avec ceux que Jésus place sur notre route pour que nous les aimions en son nom.

Il nous est impossible de désirer nous abaisser tant que l’Esprit n’incline pas notre cœur. Nous avons besoin de cultiver une vie de prière dans laquelle nous supplions l’Esprit de nous aider à nous dépouiller de notre égocentrisme et à nous remplir d’amour pour l’autre.

En apprenant à mourir à nous-mêmes, c’est placer notre confiance en Dieu même dans la souffrance.

L’appel de Jésus à renoncer à nous-mêmes nous enseigne notre besoin d’une solide théologie de la souffrance pour ne pas nous bercer d’illusions: nous serons éprouvés dans notre foi, dans notre vie de famille et notre ministère sera semé d’embûches, d’épreuves et d’ennemis.  

Ici encore, les rappels de Calvin sont précieux afin de nous aider à voir l’épreuve du point de vue de la souveraineté de Dieu « pour accepter volontairement que toute la vie soit gouvernée comme il le veut ».6

Pour le Réformateur, la souffrance a une vertu curative: « Quand nous sommes humiliés, nous apprenons à implorer sa puissance qui, seule, nous fait subsister et tenir ferme sous le poids de tels fardeaux. »7

Toutefois, Calvin rejette l’acceptation stoïcienne de la souffrance. Il qualifie les solutions des philosophes « d’options inhumaines… qui ne peuvent susciter que des paradoxes absurdes »8. Au contraire, comme les épreuves ont affecté Christ, elles auront toujours pour nous: 

… une aigreur qui nous touchera. […] Mais nous en reviendrons toujours à la même conclusion: Dieu l’a voulu, que sa volonté soit faite. Cette réflexion doit surgir au milieu de nos cris de douleur, de nos larmes et de nos gémissements, afin que notre cœur supporte avec sérénité ce qui l’attriste.9

Cette compréhension de la souveraineté de Dieu sera une grande aide pour nous. D’une part elles sont aussi la pédagogie de Dieu afin de nous faire relativiser l’importance des choses terrestres afin d’espérer le ciel (cf. p. 645).

D’autre part, nous acceptons mieux les souffrances quand nous comprenons qu’elles font partie du plan de Dieu et que les épreuves viennent de sa main pour notre bien ultime, celui d’être transformé à l’image de son Fils bien aimé (Rm 8.28-29).

(1) J. Calvin, op cit., p. 620. ; (2) J. Calvin, op cit., p. 644. ; (3) J. Calvin, op cit., p. 635-636. ; (4) J. Calvin, op cit., p. 628. ; (5) J. Calvin, op cit., p. 630. ; (6) J. Calvin, op cit., p. 633. ; (7) J. Calvin, op cit., p. 636. ; (8) J. Calvin, op cit., p. 642. ; (9) J. Calvin, op cit., p. 643.

Cet article est le deuxième d’une série de quatre sur les thématiques principales de la spiritualité chez Calvin.

Découvre le premier: L’importance de la vitalité spirituelle des responsables dans l’Église

Pour aller plus loin: 

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Raphaël Charrier

A 17 ans Raphaël s'engage dans l'armée dont-il est renvoyé moins de deux ans après. Il reprend alors l'école et obtient le bac à 23 ans. C'est à ce moment qu'il découvre la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ et place sa foi en lui pour être sauvé. Il poursuit ses études et obtient un diplôme d'Educateur Spécialisé. Il s'oriente ensuite vers des études de théologie pour se consacrer au service de l'Évangile. Diplomé de l'Institut Biblique de Genève, il est actuellement pasteur à l'Église Chrétienne Évangélique de Grenoble. Il est l'auteur de L'Évangile.net: 7 signes, une ressource d'évangélisation co-édité par TPSG basée sur l'évangile de Jean. Raphaël est marié à Marion et ils ont deux enfants.  

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