Pourquoi rejeter l’interprétation allégorique de la Bible?

L’interprétation allégorique repose sur le présupposé suivant: chaque texte a un sens caché qui dépasse la signification première, littérale. Ce sens caché serait le sens spirituel et véritable du texte, révélé par Dieu directement, quand bien cela contredirait le reste de la Bible. Il est de ce fait totalement subjectif.

On retrouve pourtant ce modèle d’interprétation, conscient ou non, dans tous les milieux chrétiens. Certains allégorisent par ignorance des règles herméneutiques, d’autres le font volontairement malheuresement.

Dans tous les cas, l’allégorisation repose essentiellement sur l’argument d’autorité fallacieuse suivante: « Ce verset veut dire en réalité cela, car c’est Dieu qui me l’a révélé.  » Circulez, il n’y a rien à voir.

Quelques exemples

  1. Savez-vous pourquoi l’Église s’est opposée pendant des siècles à la traduction de la Bible dans les langues vernaculaires?
    La raison est que sur la croix l’inscription: « Roi des juifs  » était faite en hébreu, latin et grec, langues considérées par les opposants aux traductions bibliques comme les seules langues inspirées.
    Le plus ironique est que cette interprétation était diamétralement opposée à la volonté des Romains qui voulaient que tout le monde puisse savoir qui était l’homme pendu au bois!
  2. Le pape Grégoire le Grand interprétait le livre de Job comme ceci: « Les trois amis de Job représentent les hérétiques; ses sept fils sont les douze apôtres; ses sept mille brebis sont les membres fidèles du peuple de Dieu et ses trois mille chameaux sont les païens dépravés. » Ne comprendront que ceux qui peuvent comprendre… Ou pas!
  3. J’ai entendu un jour une prédication dans laquelle les pierres que David avait choisies dans le torrent pour tuer Goliath étaient interprétées comme étant respectivement: « la puissance, l’espérance, la sainteté, la pureté et l’amour. » Mais… pourquoi ne pas avoir la patience, l’hospitalité, la bienveillance, la persévérance et la gloire?
  4. De la même manière, l’écharde dans la chair de Paul est considérée par certains comme étant un démon qu’il avait dans l’œil, alors que Timothée aurait, lui, été animé du « démon de la timidité »…

Bref:

Connaître l’histoire de l’interprétation peut constituer un précieux atout et nous éviter de tomber dans les mêmes travers que nos prédécesseurs. (…) L’histoire de l’herméneutique est l’histoire de l’effort de l’homme pour communiquer avec Dieu. (J.Corneret K. Malmin, Le défi de l’herméneutique)

« L’interprétation  » allégorique n’a pour limite que l’imagination:

Au lieu de trouver la signification propre du texte, on cherche à lui imposer notre imagination personnelle.

L’interprétation allégorique ne doit pas être confondue avec la figure de rhétorique qui porte le même nom et sert à illustrer une idée abstraite en la comparant à une histoire, ou une image (Le voyage du Pèlerin).

S’il est clair que les auteurs inspirés écrivaient sous la direction du Saint-Esprit, il n’est nulle part affirmé que le vrai sens de ces textes n’est possible que par une révélation directe de Dieu!

Comment faire si Dieu me dit personnellement quelque chose au moyen d’un texte, et qu’il dit l’inverse à une autre personne via le même texte? Dieu aurait-il à la fois tort et raison? Certainement pas.

Le texte clé utilisé pour défendre l’allégorisation de la Bible:

Les tenants de l’interprétation allégorique citent souvent Matt 13:10-17 afin de justifier leur exégèse:

Les disciples s’approchèrent et lui dirent : Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? 11 Jésus leur répondit : Parce qu’il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et qu’à eux cela n’a pas été donné. 12 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. 13 C’est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu’en voyant ils ne voient pas, et qu’en entendant ils n’entendent ni ne comprennent.

Un tel texte ne peut cependant pas soutenir cette position, et il y a pour cela deux raisons principales:

Premièrement, Jésus utilise ici le genre de la parabole, et non celui de l’allégorie. Il s’agit de deux figures de rhétorique différentes ayant des fonctions différentes.

Deuxièmement, il faut relever l’intention de Christ lorsqu’il use de paraboles. En elle-même, la parabole est une illustration censée aider à la compréhension. Or c’est l’effet inverse qui se produit chez certains auditeurs du Seigneur… Les disciples n’interrogent pas Jésus parce qu’ils n’ont pas compris, mais parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi il utilise là une parabole.

Jésus, dans son explication, annonce qu’il s’agit de l’accomplissement d’Esaïe 6:9-10.

Dans le contexte de ce passage cité, le prophète a pour mission de parler au peuple idolâtre, les avertissant que Dieu va désormais le rendre sourd et aveugle spirituellement, à l’image de leurs idoles. Il s’agit d’un jugement de Dieu ou le peuple est puni par son propre péché: il va ressembler à ce qu’il adore… des statues sans vie.

Comme le souligne G. K. Beale:

Le principe de théologie biblique exprimé par Esaïe 6 est le suivant : on ressemble à ce que l’on révère, pour sa propre ruine ou son relèvement. Esaïe voulait révérer le Seigneur et refléter sa sainteté, ce qui conduisit à son relèvement, tandis qu’Israël révérait ses idoles et reflétait leur surdité et leur aveuglement spirituels, ce qui conduisit à sa ruine.

Le but de Jésus est donc double: illustrer ses propos pour éclairer ceux qui le cherchent et mettre en lumière l’aveuglement des endurcis en les livrant à leur incrédulité.

6 Arguments contre l’interprétation allégorique:

1/Elle va à l’encontre de la logique de la communication de la révélation en prétendant que ce qui est clair est en réalité obscure.

Révéler c’est faire connaître ce qui est caché, n’est-ce pas?
Si Dieu veut se révéler, il ne va certainement pas se cacher dans ce qu’il révèle (Hé 1. 1-4). Au contraire, il communique son message de manière à être compris pour nous.
Plus encore, par l’incarnation, Il s’est révélé pour enseigner aux hommes en utilisant des images communes de tous. Dieu fait tout pour qu’on le comprenne.

2/Nous ne sommes pas clairvoyant, mais aveugles sans la révélation spéciale des Écritures.

L’interprétation allégorique présuppose que Dieu n’exprime pas ce qu’il pense réellement dans les Écritures (révélation spéciale), mais que l’homme a la possibilité, par son esprit, de sonder véritablement ce que Dieu cache. Dieu parlerait effectivement en énigmes cryptiques, impliquant qu’Il déguise encore plus un message qu’il veut nous faire pourtant découvrir.
Rien n’est plus absurde. Nous ne sommes pas clairvoyants, mais aveugles. Dieu est lumière et non pas ténèbres.

3/L’interprétation allégorique détruit l’analogie de la foi et la théologie biblique.

Elle réduit à néant la cohérence des Écritures puisque chaque passage devient une vérité propre à chacun. Il n’y a donc plus de vérité, plus de plan de rédemption unificateur et finalement plus d’autorité des Écritures.

4/Elle présuppose que c’est le lecteur qui contrôle l’interprétation.

Le sens d’un texte ne peut être différent de celui que l’auteur a voulu lui donner à l’origine, mais c’est cependant ce qu’il se passe avec l’interprétation allégorique. Cela place notre interprétation personnelle au-dessus de l’intention de l’auteur, au-dessus de l’autorité de la Bible elle-même.

5/Elle empêche la croissance spirituelle

C’est par la nourriture de la Parole que l’on peut s’affermir dans la foi (1 Pi. 22). Nous avons besoin de comprendre et d’obéir aux Écritures pour grandir dans notre foi. Sans cela, nous demeurons mal affermis et en proie aux vents des fausses doctrines et du subjectivisme.

6/Elle est l’arme préférée des faux prophètes qui « tordent le sens des Écritures » à leur guise pour séduire les chrétiens mal affermis (2 Pi 3.16).

Ce simple rappel de Pierre nous remémore que les apôtres savaient que l’Écriture pouvait volontairement être mal interprétée dans un but de manipulation. Nous devrions veiller à demeurer affûtés!
Selon Pierre, l’Écriture « ne peut être l’objet d’interprétation particulière » (2 Pi. 1.20).
Cet avertissement est majeur car il nous rappelle l’importance d’avoir des règles herméneutiques rigoureuses et respectueuses de la nature de la Bible.

2 conclusions:

1/ L’interprétation allégorique fait du tort à l’unité et au témoignage de l’Église 

La seule chose que la méthode allégorique nous permette d’interpréter , c’est le cœur de l’homme: aveugle, tortueux et orgueilleux.

C’est malheureusement à cause de la popularité historique de l’interprétation allégorique que beaucoup de non chrétiens peuvent affirment: « vous faites dire ce que vous voulez à la Bible! » 
Mickelsen répond à cela avec justesse:

L’interprétation allégorique nous renseigne fort bien sur ce que l’interprète pense, mais ne dit rien sur ce que l’auteur biblique voulait dire, la signification qu’il a donnée au texte est ignorée. Nous n’avons que les assertions arbitraires de l’interprète – qui peuvent être bonnes en elles-mêmes, seulement l’interprète ne devrait pas prétendre que ses idées se trouvent d’une manière quelconque dans, avec ou sous le texte biblique.

Pour les réformateurs comme Martin Luther, la Bible était la seule autorité en matière de foi et de salut. Il déclara d’ailleurs que l’interprétation allégorique « n’est que singeries ».
Jean Calvin, lui, disait de l’interprétation allégorique:

Elle est satanique, car elle dévie les gens de la vérité de l’Écriture ; on doit rejeter cette méthode d’interprétation (…) L’interprétation littérale est la seule valable ; en conséquence, il est nécessaire d’écouter l’Écriture et de laisser l’auteur dire ce qu’il veut ; l’étude de la grammaire de l’Écriture est incontournable – c’est à dire chacun de ses mots, dans leur contexte, et en comparant l’Écriture avec l’Écriture, pour voir ce que divers passages disent du même sujet.

On pourrait cependant croire que chercher trop de rigueur, de précision et de justesse dans l’interprétation risque de créer des disputes de mots et de troubler l’Église.

Evidement, avoir raison ne suffit pas. Aux qualités d’interprétation, il faut ajouter les qualités spirituelles et morales.
Mais cela ne va pas à l’encontre de la recherche de la vérité, car c’est autour d’elle que nous sommes rassemblés.

Paul enseigne aux Éphésiens (Chap. 4) que les ministères de la Parole sont là pour équiper les saints en vue de leur ministère, pour « l’unité dans la foi » et la maturité spirituelle de l’Église.

Ailleurs, il encourage Timothée à demeurer ferme dans les choses qu’il a apprises et reconnues certaines (2 Tim 3.14). Nous devons donc trouver la saine tension entre l’orthodoxie et l’unité (2 Co614).

Paul exhortait les chrétiens à avoir « une même pensée et une même opinion » (2Co 13. 11). Jude, lui, à combattre pour « la foi transmise aux saints une fois pour toutes » (Jd 3).

La synthèse de ces commandements nous encourage à chercher la vérité dans un désir d’unité et de maturité, mais jamais aux dépens de la vérité.

2/ Notre interprétation n’est pas inspirée, contrairement à la Bible

C’est donc pour cela qu’il nous faut respecter ces 3 règles fondamentales de l’herméneutique:

Interpréter chaque texte: (1) dans son contexte (2) selon son genre littéraire et sa structure narrative et grammaticale (3) en accord avec le reste de l’Écriture.

Quelques pistes pour aller plus loin:

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Raphaël Charrier

A 17 ans Raphaël s'engage dans l'armée dont-il est renvoyé moins de deux ans après. Il reprend alors l'école et obtient le bac à 23 ans. C'est à ce moment qu'il découvre la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ et place sa foi en lui pour être sauvé. Il poursuit ses études et obtient un diplôme d'Educateur Spécialisé. Il s'oriente ensuite vers des études de théologie pour se consacrer au service de l'Évangile. Diplomé de l'Institut Biblique de Genève, il est actuellement pasteur à l'Église Chrétienne Évangélique de Grenoble. Raphaël est marié à Marion et ils ont deux enfants.  

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