Noël raconté par Joseph le charpentier, une Nouvelle TPSG 1/2

Je suis quelqu’un de plutôt discret. Je suis plus à l’aise à travailler le bois qu’à écrire. Mais il est temps de vous dire ce que moi, Joseph, j'ai vécu. Croyez-moi ça vaut le détour.

 

I. Ô Marie, si tu savais, tout le mal que…

Ma femme est bien plus connue que moi, elle se nomme Marie. Nous habitons le Nord de la Galilée, dans un village que vous ne connaissez probablement pas, Nazareth, rue des artisans, à deux-cents mètres de la synagogue.
C’est petit, c’est beau. Ce pourrait être un petit coin de paradis si nous ne vivions pas sous les menaces quotidiennes des soldats romains.

Aujourd’hui, je voudrais vous raconter comment, moi, un homme dont on ne dit pas grand  chose, j’ai vécu des évènements qui ont transformé ma vie et le monde entier.

Tout commença un jour où j’étais sur un chantier.
Il faisait beau, c’était une journée parfaite pour le travail. Alors que je finissais ma petite pause pour boire, je vis Marie arriver au loin. Comme d’habitude, quand je la vois, je suis heureux. Il y a quelques mois, je l’ai demandée en mariage à ses parents, et ils ont dit « oui ». Je suis l’homme le plus béni de la région.

Voyant sa mine préoccupée, je me suis dit qu’elle venait probablement me parler, encore une fois, de l’organisation du mariage. Quoi d’autre ? On ne s’est toujours pas décidés sur le choix du vin. Il parait qu’à Cana il n’est pas mal mais qu’on pourrait trouver mieux. Et puis, il faut choisir le verset pour le papyrus d’invitation. Quelle galère ces préparatifs ! Vivement qu’on passe à autre chose.
– Joseph, descends du toit s’il te plaît, il faut qu’on parle, me dit-elle.
– Écoute ma chère Marie, il faut vraiment que je finisse là, on pourrait parler du mariage un peu plus tard ? Tu n’as qu’à laisser ta mère choisir le verset. De toute façon, c’est comme ça que ça finira. Et puis pour le vin, et bien…
– Ce n’est pas de ça dont je veux te parler Joseph. Descends s’il te plaît.
– Bon, dis-moi ça d’en bas, comme ça je gagne du temps.
Ses yeux se remplir de larmes
– Crois-moi, il vaut vraiment que tu descendes.

Comme ça avait l’air très sérieux tout ça, j’ai glissé le long de l’echelle et nous nous sommes assis tous les deux à l’ombre sous un vieil olivier.
Les paroles qu’elle a alors prononcées furent les plus choquantes que je n’aie jamais entendues de ma vie :
– Joseph… Elle s’arrêta et sanglota. Je n’osais prendre la parole. Je sentais qu’elle allait accoucher d’une sacrée nouvelle.  Joseph, je suis enceinte !
Mes oreilles se sont mises à bourdonner, mon thorax sur le point d’exploser. Je n’ai pas entendu la suite. Un gouffre venait de s’ouvrir sous mes pieds et m’engloutit tout entier. J’étais frappé d’effroi, de tristesse et d’incompréhension.

Dans mon esprit les conséquences surgissaient comme un orage d’été : qu’allaient dire nos parents ?! Qu’allait dire le village et qu’allaient dire les anciens de la synagogue ? Marie allait se faire lapider ou devoir boire les eaux amères. Et moi je serai déshonoré à jamais. Et Dieu, quelle punition allait-il nous infliger ?! Mais comment avait-elle pu me faire une chose pareille, elle qui disait qu’elle m’aimait ?!
Marie continuait à parler, mais j’étais déjà bien loin, bien bas dans mon esprit.
– Joseph, Joseph tu m’entends ? Je ne t’ai pas trompé, me dit-elle.
– Heu Marie, qu’est-ce que…
Mais quel idiot ! Bien sûr qu’elle ne m’a pas dupé, comment avais-je pu penser ça d’elle ? Marie c’est une fille bien. Jamais elle ne serait aller voir un autre homme de son plein gré. Mais, mais du coup…
– Marie, dis-moi qui est l’homme qui t’a fait violence ? Ma main s’était déjà resserrée sur mon marteau et mes phalanges commençaient à blanchir. Mais je n’osais toujours pas la regarder de peur de pleurer moi aussi. Alors je regardais autour de nous, comme si le monstre qui lui avait fait ça allait se montrer à tout instant.
– Joseph écoute-moi, me dit-elle… Joseph, regarde-moi. S’il te plaît.
Les larmes coulaient toujours sur ses joues. En levant les yeux, je vis quelque chose qui me troubla encore un peu plus. Son regard.
Je percevais une autre émotion que la peur ou la honte. J’y ai vu un sourire… Je crois même que je ne l’avais jamais vue aussi calme.
Ça y est, me suis-je dit, on a perdu la Marie.
Alors que je prenais mon inspiration pour lui redemander qui l’avait violée, elle me prit de court.
– Joseph, le bébé que je porte en moi, et bien, c’est Dieu qui me l’a envoyé.
– Marie, mais t’as complètement pété les plombs !? Ô Marie, si tu savais, tout le mal que…
– Joseph, tais-toi et écoute !

Elle continua en me racontant la visite de l’ange :
– L’ange m’a dit : « N’aie pas peur, Marie, car Dieu t’a accordé sa faveur. Voici : bientôt tu seras enceinte et tu mettras au monde un fils ; tu le nommeras Jésus. Il sera grand. Il sera appelé « Fils du Très-Haut », et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son ancêtre. Il régnera éternellement sur le peuple issu de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
– Comment cela pourrait-il arriver, puisque t’es vierge Marie ? lui dis-je, en levant les bras au ciel. Tu te rends compte que ce que tu me dis est impossible ?
– Justement, c’est ce que je lui ai demandé et il m’a répliqué : « L’Esprit Saint descendra sur toi, et la puissance du Dieu Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. » Il m’a aussi parlé de ma cousine à qui il arrivait la même chose et il a conclu en me lançant : « rien n’est impossible à Dieu ».
J’étais totalement perdu :
– Au risque de me répéter Marie, te rends-tu compte de ce que tu dis ? Oserais-tu me manipuler en utilisant Dieu en vain ? Tu sais ce que ça va te coûter si c’est vrai ? Et si c’est pas vrai ?
– Je t’ai tout dit, Joseph.
– Écoute Marie, je te connais, je sais que t’es une fille bien et je voudrais te croire… Je sais qui est Dieu et qu’il fait ce qu’il veut. Mais là, tu comprendras que j’ai du mal. Laisse-moi seul un moment tu veux bien, j’ai besoin de faire le point.

 

II. Pourquoi moi ?

J’ai tout laissé en plan. Marie, le marteau, le chantier et je suis parti m’isoler. Impossible de travailler après une discussion aussi irréaliste. La qualité du vin de Cana était mon dernier souci désormais. Mon cœur était comme pris dans un étau. J’avais l’impression d’être au bord de l’évanouissement. J’ai même vomi sur la route qui me conduisait chez moi.
En chemin, une pensée tournait inlassablement dans mon esprit : Ma vie est fichue.
Jamais je ne pourrai vivre mon rêve de fonder un couple avec Marie et d’avoir des enfants d’elle. Fini notre maison sur les hauteurs du village, adieu la petite vie tranquille et la bonne réputation. Moi qui me voyait déjà apprendre à mon futur fils la charpenterie.
Et Marie… Elle s’était mise dans une situation dramatique…
Je ne voyais que deux solutions : soit Marie était la meilleure menteuse du pays, soit elle venait de sombrer dans la folie.
Alors, je ne cessais de crier à Dieu :
– Éternel, aies pitié de moi ! Pourquoi une telle chose m’arrive-t-elle ? Es-tu réellement derrière tout ça ? Qu’attends-tu de moi dans cette histoire ? Que dois-je faire ? Qu’est-ce que les gens vont penser de nous ?
Quelle torture pour moi. J’ai passé la nuit à pleurer, le lendemain également. Je n’ai pu sortir du lit, ni rien manger. La nuit suivante, j’étais épuisé.
J’ai pris alors la décision qui me semblait la moins pire.
Je devais rompre nos fiançailles afin que les gens ne croient pas qu’en plus d’avoir péché, elle m’avait également trompé. Devant Dieu, je devais faire cela pour elle.
« Dès demain, j’irai la voir pour le lui dire, pensais-je. Seigneur, donne-moi la force de le faire. »
Et c’est sur ces pensées que je me suis endormi, l’oreiller trempé de larmes.

C’est alors que, croyez-moi ou non, l’ange qui était venu voir Marie m’est aussi apparu dans un rêve.
– Joseph, descendant de David, m’a-t-il dit, ne crains pas de prendre Marie pour femme, car l’enfant qu’elle porte vient de l’Esprit Saint. Elle donnera naissance à un fils, tu l’appelleras Jésus. C’est lui, en effet, qui sauvera son peuple de ses péchés.

J’ai ouvert les yeux, j’étais tétanisé. Je me suis jeté à terre, tremblant de crainte. Ce n’était pas qu’un rêve. Marie ne me croira jamais ! Un ange m’est apparu ! Un ange !
Vous rendez-vous compte, Dieu nous avait choisi, Marie et moi pour une mission, et quelle mission ! Accueillir dans notre famille la venue du Messie, Dieu qui se fait homme et vient nous sauver du péché. Quel honneur !
Et en plus, ça voulait dire que Marie n’était pas folle ! Ou alors que je le devenais aussi. Dès le lever du jour, j’irai l’épouser et nous nous occuperons de préparer la venue de Jésus ensemble.

En allant rejoindre Marie pour la rassurer, je m’interrogeais.
Dieu aurait pu nous faire l’annonce à tous les deux en même temps. Pourquoi, pourquoi avait-il voulu que je connaisse une telle angoisse ?
Vous arrive-t-il à vous aussi de vous demander pourquoi Dieu n’agit pas pareil avec vous qu’avec les autres ?
Alors que je disais à Dieu toute mon incompréhension dans la prière, il était en train d’accomplir quelque chose de bien plus grand que ce que mon esprit pouvait concevoir.

Alors que je croyais qu’il détruisait ma vie, il était en train de me faire un cadeau merveilleux.
Dieu m’a appris ce jour là que le servir impliquait toujours d’abandonner son désir de vivre pour soi. Et j’ai saisi qu’il voulait que, dans ma vie à son service, je m’attende à ce qu’il me montre la direction que je devrai suivre au moment où, lui, il le jugerait bon de le faire.

Qu’avons-nous fait pour mériter un tel honneur ?

 

III. Plus rien ne m’étonne, jusqu’ici tout va bien

Les mois passaient à une vitesse folle, et le ventre de Marie devenait de plus en plus rond. Marie avait visité sa cousine et ça lui avait confirmé plein de choses. Dieu préparait tout.
La période de l’accouchement arrivait. Je réalisais petit à petit que j’étais en train de rentrer dans l’histoire comme Moïse ou mon ancêtre le roi David. Le rôle de Marie était clair, mais le mien… mystère. Techniquement, je ne serai jamais le père de Jésus, puisqu’il est Dieu. Mais il sera un enfant que je devrai élever. Quel mystère.
Je faisais confiance à Dieu. Désormais, tout allait rouler comme sur des routes romaines pour Marie et moi.

Et puis les Romains, encore une fois, sont venus dans le bourg. Cette fois-ci, ils ont annoncé le recensement. Comme j’étais natif de Bethléem, je devais m’y rendre pour faire la paperasse.
Certes, ça m’a agacé, mais pas surpris. Je savais que c’était l’accomplissement de la prophétie. 
Je ne vous l’ai pas dit, mais depuis que Marie était tombée enceinte de Jésus, je révisais mes classiques auprès des rabbins du village :
« Et toi, Bethléhem Ephrata,
la plus petite des villes de Juda,
de toi il sortira pour moi
celui qui régnera sur Israël ! Son origine remonte aux temps passés,
aux jours anciens. »
J’ai donc vu la main de Dieu. Dieu utilisait ceux qui nous pourrissait la vie pour accomplir son plan. Ces idiots aidaient Dieu sans le savoir. Il y a quelque chose de cocasse n’est-ce pas ?

Tout allait bien se passer pour nous. Même si à vue humaine, un tel voyage n’était pas recommandé à ce stade de la grossesse, je savais que Dieu allait aplanir le sentier.

J’étais à mille lieues d’imaginer toutes les épreuves qui nous attendaient… Je vous raconte la suite dans le papyrus de mercredi prochain…

 

 

NB : Joseph reviendra mercredi prochain pour vous raconter la suite. Pour écrire cette courte nouvelle, je me suis inspiré de l’idée originale d’Où est ta foi, de Jon Bloom.

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Raphaël Charrier

A 17 ans Raphaël s'engage dans l'armée dont-il est renvoyé moins de deux ans après. Il reprend alors l'école et obtient le bac à 23 ans. C'est à ce moment qu'il découvre la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ et place sa foi en lui pour être sauvé. Il poursuit ses études et obtient un diplôme d'Educateur Spécialisé. Il s'oriente ensuite vers des études de théologie pour se consacrer au service de l'Évangile. Diplomé de l'Institut Biblique de Genève, il est actuellement pasteur à l'Église Chrétienne Évangélique de Grenoble. Raphaël est marié à Marion et ils ont deux enfants.  

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