L’hospitalité envers les étrangers: moyen de sanctification oublié!

Vincent Morvan est responsable des ressources de formation au sein de l’association Un Cœur pour le Monde présente à Nantes et Strasbourg. Depuis 2016, il est pasteur stagiaire à Paris. Dans cet article il démontre vigoureusement le rôle de l'hospitalité dans notre sanctification. Attention ça pique un peu!

Voici deux questions jamais posées et qui concernent pourtant notre santé spirituelle: En quoi l’accueil et le dialogue avec les étrangers sont-ils importants pour la sanctification des chrétiens? En quoi cette hospitalité et cette amitié avec les étrangers sont-elles incontournables pour l’Église destinée à être façonnée à l’image du Christ?

La rencontre avec l’étranger met en lumière notre plus grande ignorance et incohérence

L’ignorance des destinataires de l’Évangile

Ce constat m’est venu après avoir passé du temps avec des personnes venues du Tadjikistan et de Mauritanie. N’est-il pas vrai que nous ignorons quasiment tout de ces pays? Nous pouvions nous croire ouverts sur le monde et pleins de bienveillance envers l’humanité (c’est ce que j’ai longtemps cru de moi-même!).
Mais nous n’étions jusqu’à présent pas troublés d’avoir passé des années de notre vie à ignorer tout de la majorité des peuples. Nous nous sommes peut-être intéressés à la situation des chrétiens dans le monde. Mais qu’en est-il des réalités de vie, des préoccupations de chacun de ces peuples, de l’état moral et spirituel de ceux qui ne partagent pas notre foi, de la complexité de leurs spiritualités? Inconsciemment, nous les considérons souvent indignes de notre temps, de notre énergie, de nos recherches, de nos prières.

Pourtant, l’Évangile proclame que le Christ s’est incarné et a souffert sur la croix pour eux tous! Je connais un petit garçon qui, dès qu’il voit une carte du monde, se met à prier : « Merci Jésus Tchouktches, Amen ». Ce n’est pas un mot mal prononcé, mais le nom d’un peuple ignoré en Sibérie pour lequel Jésus est mort et ressuscité.

L’illusion de notre connaissance

En tant que chrétiens évangéliques, nous pouvons facilement nous reposer sur la satisfaction de bien connaître le message de la rédemption en Christ et d’avoir entre les mains la révélation de ses paroles. Ainsi, nous pensons avoir atteint un certain niveau de connaissance. Mais nous ignorons presque tout de cette humanité qu’il veut sauver et à laquelle il veut se révéler. Sans en être généralement conscients, nous nous satisfaisons d’une vision du monde centrée sur nous-mêmes et nous accommodons  de préjugés simplistes. Nous aimons entendre que Jésus était plein de compassion en voyant les foules. Nous sommes fiers d’être son Église qui a reçue pour titre « la lumière du monde ». Mais nous n’avons pas de complexe à vivre dans l’ignorance et dans l’indifférence de ces peuples parmi lesquels il nous appelle à briller, à être ses témoins!
Cette illusion de connaissance, cette suffisance de briller presque pour nous-mêmes, nous les voyons rarement comme des péchés.

Une incohérence grave pour l’avancée de l’Évangile

Semaine après semaine, nous chantons l’appel de Dieu, et nous continuons à ignorer ceux vers qui nous sommes mandatés et envers qui nous avons une responsabilité: l’humanité entière.
Comme un enfant qui serait content de réciter et de bien connaître l’ordre qu’il a reçu de ses parents, sans prendre garde d’y obéir. Cette incohérence entretenue (alors que nous avons à disposition tous les moyens pour en sortir) est un obstacle majeur à l’œuvre de Dieu sur la terre au travers de l’Église.
En effet, nous ne pouvons pas prier précisément pour des peuples dont nous ignorons le nom et l’existence. Nous ne sommes pas mis au défi d’apporter une contribution financière  pour l’avancée de l’Évangile parmi des populations dont nous ne connaissons ni les urgences spirituelles ni les drames sociaux. Nous ne leur prêtons pas attention, même si des représentants de certains de ces peuples se trouvent dans nos villes.

L’accueil de l’étranger met en lumière notre impiété et notre mondanité

Le choix de l’intégrité

Un écart existe entre ce que nous pensons de notre vie d’attachement à Dieu, et ce qu’elle est réellement. Ce constat m’est aussi apparu en passant du temps avec toutes ces personnes venues d’ailleurs qui n’ont pas encore entendu l’Évangile. Dans nos foyers, ou dans des temps d’accueil dans les locaux de nos Églises partenaires, elles posent des questions, écoutent attentivement et observent la vie des chrétiens.
C’est lorsque nous expliquons le cœur de l’Évangile et ses implications que nous réalisons très bien le décalage entre le glorieux enseignement de l’Évangile et la réalité de notre consécration.
Nous ne pouvons plus nous cacher derrière une théologie seulement exposée derrière le pupitre. Nous invitons l’étranger à nous côtoyer, à prendre part à nos vies. Nous faisons ce choix sachant que, par l’hospitalité, notre impiété sera mise en lumière. L’hospitalité est gage d’intégrité, de transparence, de vérité. L’hospitalité pousse à l’humilité et à l’obéissance. En étant hospitalier envers l’étranger, je deviens redevable envers celui ou celle pour qui Jésus est également mort et ressuscité. Ce simple droit de regard accordé à mon prochain est nécessaire à ma sanctification.

Le choix d’éclairer la maison et le monde

Notre hôte étranger sera d’autant plus saisi par la Bonne Nouvelle si nous adoptons devant lui cette habitude de vie intègre, rythmée par la repentance et, transformée par la grâce, rythmée par une humble attitude d’obéissance.
L’hôte étranger venu d’un peuple musulman s’interrogera : en tant que chrétiens, nous qui n’avons pas plusieurs appels à la prière par jour, comment prions-nous ? Quelle sera la réponse que je lui donnerai par ma vie de piété personnelle et familiale? Récemment, nous avons reçu un étudiant sénégalais à notre table. Il connaît toute la famille.

Notre fille de 3 ans 1/2, son atlas pour enfant à la main, lui a simplement demandé de montrer où était le Sénégal. Pour quelle raison? L’étonnement était grand lorsqu’il a appris que nous prions chaque jour en famille pour au moins un pays du monde! La prédication de Jésus seul Sauveur du monde est cruciale. Afin d’être « lumière du monde », nous sommes donc appelés à ne plus la dissocier ni de notre consécration (personnelle, familiale et ecclésiale), ni de notre hospitalité!

Comment illustrer l’impact de l’intégration de la piété chrétienne au cœur de la pratique de l’hospitalité ? Pour reprendre la pensée de Jésus: la lumière éclairera la maison seulement si la lumière ne reste pas cachée. La lumière éclairera le monde puisque le monde passe dans la maison!

Le choix de la consécration

Ouvrir les portes de notre foyer et de notre Église est donc directement un défi à notre consécration. Un choix s’offre alors à nous : soit de ne jamais les ouvrir (avec le danger de s’enfermer dans notre manque de consécration), soit alors de les ouvrir et de se laisser humblement transformer en disciples de Jésus. L’étranger accueilli, l’hôte que vous invitez et avec lequel vous sympathisez, se rendra forcément compte du niveau de votre propre dévotion. D’autant plus que (nous l’ignorons lorsqu’on vit en France) la dévotion religieuse dans beaucoup de régions du monde est très intense !

Nous devons admettre devant Dieu tous les compromis tolérés dans notre univers religieux marqué par la tiédeur, et la forte influence culturelle mondaine qui peut nous influencer. Qu’est-ce que la mondanité? Jerry Bridges, l’auteur de l’excellent livre Pas si grave ?, l’associe à l’idolâtrie:

Nous sommes mondains lorsque nous nous attachons aux valeurs, aux avantages et aux façons de vivre de la société sympathique mais non croyante dans laquelle nous vivons sans chercher à savoir si ces valeurs, ces avantages et ces façons de vivre sont en accord avec les Écritures. (Bridges, Pas si grave ?, Maison de le Bible, p.220)

 

Le dialogue avec l’étranger met en lumière notre aveuglement culturel et notre orgueil

La richesse des dialogues autour de textes bibliques

Et si l’étranger nous aidait à mieux comprendre la Bible ? C’est le cas lorsqu’une lecture partagée et un dialogue sur les textes bibliques mettent en lumière nos « angles morts » culturels.
Les applications occidentales ont tendance à être très portées sur notre individu… et nous avons tendance à ne pas voir celles axées sur la famille, sur la communauté et la société.
Exemple: l’histoire de Joseph (fils de Jacob). Un tel verra uniquement le modèle d’un individu attaché à Dieu dans l’épreuve. Une telle, par contre, soulignera la fidélité à sa famille, le pardon envers les membres de son peuple qui l’ont offensé. Un troisième verra d’emblée l’application de s’engager pour réformer la gestion des ressources de son pays. Toutes ces facettes sont véritablement présentes dans le texte. En lisant la Bible avec des personnes venues d’autres nations, nous découvrons davantage la richesse des Écritures, des couches de sens profonds, des applications que nous n’aurions pas vues entre personnes du même peuple.

Saisir ensemble la portée mondiale de la Parole

À Un cœur pour le monde, nous avons l’habitude de lire les textes des Évangiles avec des groupes formés d’étudiants aux arrière-plans religieux différents. Je me souviens du Bon Samaritain par exemple: va et fais de même!
Un homme soudanais, musulman, a commencé notre dialogue en racontant son histoire personnelle. Il a eu l’occasion de ramasser un blessé, lequel était mort dans ses bras sur le chemin de l’hôpital.
Une étudiante chinoise a poursuivi en rapportant le scandale d’un enfant percuté par une voiture, sans que personne n’ose s’approcher pour porter secours, par peur des poursuites judiciaires.
Un jeune homme indien m’interpellait devant la solitude et la détresse psychologique qu’il notait chez mes compatriotes.
Je ne pouvais pas échapper à cette réflexion : qu’en est-il de l’enseignement du Bon Samaritain dans ma vie et dans la vie des Églises pour lesquelles j’exerce un service?

C’est donc notamment par ces dialogues avec des personnes venues d’ailleurs que nous sommes poussés à exercer une réflexion plus profonde et à s’y conformer. Redécouvrir la lumière à l’aide d’autres regards, au-delà de nos lunettes culturelles teintées. L’étranger nous aide à regarder dans l’angle mort, car il est riche d’une autre vision du monde. De plus, avec des personnes issues de toutes les nations, nous découvrons la pertinence, la portée et la puissance de la Bible pour le monde entier. Mon orgueil était-il dans l’angle mort? Si nous croyons que la Bible nous sanctifie avant tout (« Consacre-les par ta vérité »), cette interaction approfondie avec la Parole en compagnie de l’étranger contribue nettement à notre sanctification.
Dans ce dialogue, nous laissons le texte biblique parler de lui-même, et être l’enseignant de tous (je suis autant élève que l’étranger qui le découvre avec moi). Notons au passage que cela met en lumière également notre orgueil théologique (notre interprétation occidentale des Écritures aurait réussi à puiser toutes leurs richesses, et nos applications seraient adaptées à tous les contextes du monde), et l’orgueil de nos esprits indépendants (l’autre aurait plus à apprendre de moi et de ma perception, plutôt que l’inverse)… Seigneur, sanctifie-nous ! # L’amitié avec l’étranger met en lumière notre ingratitude et notre égoïsme.

Merci pour le reproche!

Nous croyons que celui qui écoute les conseils devient sage. En écoutant les conseils d’étudiants internationaux, il est nettement mis en lumière que la France a un grand problème avec le mécontentement et l’ingratitude ! Nous entendons : « Lorsque les étudiants français se plaignent, nous avons l’impression qu’il s’agit de quelque chose de très grave ! En fait, pas du tout. »

De l’écoute à la compassion

L’étranger fait pourtant face à de nombreux problèmes: démarches administratives complexes, mépris, éloignement familial, barrière linguistique parfois importante, etc. L’auteur de Pas si grave? souligne à propos du manque de considération envers notre prochain:

Il est une bonne manière de tester notre égoïsme dans ce domaine : une fois que nous avons discuté avec quelqu’un, réfléchissons à la conversation que nous avons eue en nous demandant combien de temps nous avons passé à parler de ce qui nous intéresse et combien de temps nous avons consacré à écouter l’autre personne. (BRIDGES, p.125)

S’intéresser aux intérêts des autres, à leurs soucis et à leurs besoins est un premier pas. Apprendre à avoir égard à ce qu’ils peuvent ressentir est une étape bien plus difficile pour nos cœurs égoïstes. Avoir compassion de l’étranger nous sanctifie car cela nous décentre totalement de nous-mêmes.

Une repentance nécessaire pour marcher dans la sanctification

Bien sûr, je ne souligne pas ici les évidences: l’égoïsme traduit par le manque de partage de nos ressources et de notre temps, ou bien la peur ou l’hostilité envers celui qui vient d’ailleurs, et l’esprit de jugement. J’aurais pu aborder aussi notre tendance dominatrice qui veut que les choses se passent seulement comme nous le pensons, même dans l’hospitalité et le dialogue! Vouloir exercer un pouvoir de contrôle plus grand que celui dont nous disposons est un grand piège.

Ainsi la rencontre, l’accueil, le dialogue et l’amitié avec l’étranger contribuent très spécifiquement à notre sanctification. Comment prendrons-nous conscience autrement de ces péchés subtils ? Nous devons avouer que, par nature, nous sommes très peu ouverts au ministère de Dieu à travers les étrangers et l’accueil de l’étranger. Tout comme vous, je me repens;  j’ai tant besoin de la grâce de Dieu pour marcher à la suite du Christ!

Saisissons la grâce de Christ et prenons part au plan rédempteur du Christ pour tous les peuples: (1) avec la cohérence et la volonté de connaître ceux vers qui nous sommes appelés (2) avec piété et entière consécration, (3) avec une lecture clairvoyante des Écritures et le désir de réformer notre propre univers culturel, (4) en recherchant avec reconnaissance à être pleins de compassion envers notre prochain.

 

PS: pour continuer de réfléchir, lisez ce précédent article de Vincent ici

Raphaël Charrier

A 17 ans Raphaël s'engage dans l'armée dont-il est renvoyé moins de deux ans après... Suite à cela, il reprend l'école et obtient son bac à 23 ans. C'est à ce moment qu'il découvre la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ. Il lui donne alors sa vie. Il poursuit ses études et obtient un diplôme d'Educateur Spécialisé. Il s'oriente ensuite vers des études de théologie car il veut se consacrer au service de l'Évangile. Diplomé de l'Institut Biblique de Genève, il est actuellement pasteur à l'Église Chrétienne Évangélique de Grenoble (ecegrenoble.fr) et également associé au sein de France Évangélisation. Raphaël est marié à Marion et ils ont deux enfants.  

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