À qui te compares-tu?

On se compare aux gens. Dans la rue, dans l’Église, dans son entreprise ou dans sa fac. Notre société nous pousse depuis notre enfance à nous comparer : les médias, les publicitaires, les notes à l’école, les résultats sportifs, etc. Quand on se compare, s’est toujours sur une échelle de valeur : Échelle de beauté, de valeur, de capacité, de popularité. La question que l’on se pose tous c’est : Suis-je plus ou moins beau, fort, populaire, important que lui/elle ?

Se comparer : bon ou idiot ?

Se comparer est naturel, mais on croit — parfois à juste titre — que c’est superficiel. Que ce n’est le lot que des chrétiens immatures. Si en me lisant vous vous dites « moi je ne me compare jamais comme lui il le fait », vous venez de vous comparer à moi. Échec. Désolé.

Je sais que je suis faible et que j’ai toujours tendance à me comparer pour de mauvaises raisons. Par motif d’orgueil. Surtout. « Est-ce que je prêche aussi bien que lui ? J’aimerais être un visionnaire comme lui ! Ha, c’est sûr, je suis un meilleur leader que lui! »

On m’a donc parfois conseillé d’arrêter de me comparer « parce qu’il faut être humble et que Dieu t’a fait tel que tu es ». Avec le recul, je trouve ce conseil est à la fois bon et un peut idiot.

Il est bon parce que chaque être humain est créé à l’image de Dieu, un chef d’œuvre unique du Dieu créateur, créé pour être en relation avec lui.

Il est idiot parce  que ce conseil est impossible à suivre. Idiot, parce que nous sommes un chef d’œuvre, mais corrompu par le péché. Dieu ne veut pas que nous restions tel que nous sommes ; dans sa miséricorde il nous justifie par l’œuvre de la croix et nous donne un modèle qu’il désire nous voir refléter : Jésus-Christ (Rm 8.29)

D’autres pensent que la clé est d’avoir une humilité qui pousse à un regard sur soi de plus en plus dépréciatif. Ils justifient ça en disant « Paul, au début de son ministère, se considère comme le plus petit des apôtres, puis à la fin comme le pire des pécheurs. C’est parce qu’il est de plus en plus humble. » (Cf. Rm 15.9 ; 1 Tim 1.15)

Deux choses ne vont pas dans ce raisonnement :

  1. Je crois qu’il y a une mauvaise utilisation des textes, utilisés hors contexte. Dans chaque texte, Paul se compare à différents types de personnes et pour des motifs différents.
  2. Il y a une mauvaise compréhension de l’humilité. Jésus est Le modèle de l’humilité. Pourtant, il n’a pas voulu montrer qu’il se trouvait de plus en plus nul. Son humilité s’est montrée par sa mort à la croix. Il s’est dépouillé de sa gloire pour se revêtir de notre péché., à la croix. C’est ça l’humilité : ne pas se considérer trop élevé pour servir celui qui est trop mauvais. L’humilité c’est justement de ne pas se mettre au centre du tableau, que ce soit pour se valoriser ou se dévaloriser.

Regardons de plus prêt comment Paul se compare.

Quand Paul se compare aux pécheurs, il se considère comme le pire:

Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. Mais j’ai obtenu miséricorde, afin que Jésus-Christ fît voir en moi le premier toute sa longanimité, pour que je servisse d’exemple à ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle. (1 Tim 1.15)

Si je me compare à ceux qui ne sont pas sauvés comme étant le pire d’entre eux, comme Paul, je vais montrer la grandeur et la beauté de la grâce de Christ. Je ne vais sûrement pas regarder les gens du monde comme ne méritant pas ma présence à leur côté.

Quand Paul se compare aux chrétiens, il se considère comme le plus petit:

À moi, qui suis le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée d’annoncer aux païens les richesses incompréhensibles de Christ. (Ep 3.8)

Si je me compare aux frères et sœurs de l’Église comme étant le plus petit d’entre eux, je ne vais pas avoir de mal à les élever. Je vais me réjouir du fruit de la grâce dans leur vie et dans leur ministère.

Quand Paul se compare aux apôtres il se considère comme indigne et le moindre:

Je suis le moindre des apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine; loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.(Rm 15.9)

Si je me souviens que je suis indigne d’être un responsable et que mon ministère n’est que pure grâce dans ma vie, alors je me considèrerais plus facilement comme étant à ma juste place.

Conclusion

Paul se compare. Et quand il le fait, il ne se focalise pas sur ce qu’il n’est pas ou ce qui lui manque. Il se focalise sur le privilège qu’il a, sur la dépendance à Dieu qu’il vit et sur le désir de servir celui qui lui accorde tout, par sa grâce.

Paul voulait imiter Christ dans sa vie (1 Co 11.1) et le glorifier en toutes circonstances. Il invitait les saints à l’imiter, lui et ceux qui vivaient de la sorte : «  Soyez tous mes imitateurs, frères, et portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous. »

Il faut se comparer aux bonnes personnes – celles qui cherchent à ressembler à jésus –   et pour les bons motifs : ressembler à Jésus !

 

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Raphaël Charrier

A 17 ans Raphaël s'engage dans l'armée dont-il est renvoyé moins de deux ans après... Suite à cela, il reprend l'école et obtient son bac à 23 ans. C'est à ce moment qu'il découvre la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ. Il lui donne alors sa vie. Il poursuit ses études et obtient un diplôme d'Educateur Spécialisé. Il s'oriente ensuite vers des études de théologie car il veut se consacrer au service de l'Évangile. Diplomé de l'Institut Biblique de Genève, il est actuellement pasteur à l'Église Chrétienne Évangélique de Grenoble (ecegrenoble.fr) et également associé au sein de France Évangélisation. Raphaël est marié à Marion et ils ont deux enfants.  

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